Evaluation du manuscrit de Sang d'Encre au 36 (à l'origine Le fantôme de Maigret) aussi visible sur le net sur le site de Nouveaux Auteurs

Je dois signaler aussi que l'auteur de ce roman (3ème pric VSD l'an dernier), m'a contactée personnellement afin que je lui donne des conseils afin qu'il retravaille son titre.

Résumé
Ce manuscrit est tellement dense, qu'il est très difficile à résumer. Rémy Jacquet, jeune conseiller d'éducation dans un collège du 93 et bientôt papa est retrouvé mort tout près de son lieu de travail. L'enquête, menée par la Brigade Criminelle parisienne piétine. Les différents témoignages recueillis auprès des élèves n'apportent que peu d'éléments. Une lettre envoyée vraisemblablement par le tueur, met tout la brigade en effervescence. Elle aurait été envoyée à Eric Vermeulen, un ami journaliste de Duhamel, le chef de brigade. "Le début d'un long feuilleton". Les meurtres se succèdent: Pierre Santoni, professeur de Français au quartier latin, Franck Lemaire, professeur d'histoire à Henry IV, Nicolas St-Hubert, grand éditeur, Michel Desforges, conseiller littéraire. Deux tentatives de meurtre échouent, l'une commise par erreur sur la voisine d'une éditrice, et l'autre sur un chroniqueur de France TV. Chaque fois, une lettre de celui qui, très vite, sera identifié comme un tueur en série est adressée à la police. Un pseudonyme différent apparaît sur chacune d'elle. Toutes dénotent une certaine fierté du tueur qui relate son acte et certaines défient la police et laissent deviner que le tueur connaît bien les rouages de la justice. Chaque lettre est envoyée d'une ville différentes. La police, qui tâtonne, et interroge des suspects innocents finit par comprendre, grâce à un étudiant qui prépare une thèse sur Simenon, que tous les pseudonymes utilisés par le tueur ont un lien avec cet auteur et que les villes où les lettres ont été postées correspondent à des lieux où l'écrivain avait habités. La police réoriente alors ses recherches vers le monde du livre. Toutes les victimes s'avèrent liées en effet à ce monde car quand elles n'y travaillaient pas officiellement, la plupart appartenaient à un comité de lecture. Soupçonné à son tour, l'étudiant est finalement innocenté. Et le tueur, qui n'était autre que le journaliste, écrivain raté jaloux des enquêteurs de la brigade criminelle, est finalement interpelé par la jeune policière Nora, championne de course.
 
Tout public
 
9,5/10
 
Ce manuscrit forme une unité, aucun passage n'est décevant. Le rythme du récit me semble approprié car l'alternance entre style direct et indirect est équilibrée et l'auteur décrit les rouages parfois techniques de l'enquête policière sans pour autant que cela devienne pesant pour le lecteur. L'idée du tueur en série qui nargue les policiers en leur écrivant est accrocheur. Le suspense est au rendez-vous du début à la fin et le lecteur meurt d'envie d'arriver au bout du livre pour savoir qui a tué. D'ailleurs l'auteur joue admirablement bien avec ses nerfs en égarant ses enquêteurs sur de fausses pistes. Chaque fois que le lecteur risque de perdre le fil de l'enquête, un personnage fait le point ou le narrateur omniscient se charge de récapituler. D'autre part, le récit est ancré dans la culture et l'actualité française, donc crédible, ce qui permet à chaque lecteur d'y adhérer plus facilement. L'univers de la justice, de l'édition et des médias est remarquablement bien abordé et décrit tout en nuances.
 
Quelques détails par rapport à la forme:
La phrase d'accroche du 1er chapitre est un peu décevante et artificielle. Elle laisse énormément à désirer par rapport au reste du manuscrit. Or c'est la 1ère chose que verra le lecteur...
Les titres des chapitres sont inutiles voire vexants pour le lecteur car le récit est assez clair pour que l'on comprenne de quoi et de qui l'on parle. En plus son aspect prospectif casse le suspens, en particulier dans des chapitres clefs comme le n°19
Utilisation injustifiée de l'italique p22-31
Utilisation injustifiée du caractère gras p68-77
Quelques fautes d'orthographe groupées (mais je sais que ça peut arriver)
Tendance à mettre des mots d'un langage relâché entre guillemets. Parfois le mot utilisé provoque une rupture de ton qui déconcentre le lecteur, et le fait d'utiliser les " " attire davantage l'oeil du lecteur. L'utilisation de ces mots est parfois inappropriée, d'autres fois compréhensible (langage de la police). Il arrive aussi que l'auteur mette entre " " des mots tirés du lexique technique de la justice. Signaler ces mots peut affoler de prime abord des lecteurs qui ne les connaissent pas forcément, tandis que les fondre dans la masse de la phrase incite le lecteur à se laisser porter par sa lecture et deviner le sens sans sentir le besoin de prendre le dictionnaire.
p192: citation de la lettre de l'assassin en italique avec la police habituelle alors que d'habitude la police change
p113: ne pas répéter le contenu de la lettre qui apparaît déjà à la page précédente, cela retarde le récit inutilement
 
détails sur le fond:
quelques petites longueurs inutiles au début prises en charge par le lecteur omniscient pour commenter l'attitude d'un personnage qui vient de prendre la parole, ex: p 25 "répondit à brûle-pourpoint la magrhébine
incohérence p107: ce n'est pas forcément celui qui voyage par le train qui a payé son billet
inexactitude: on ne dit pas "bibliothèque" pour un établissement scolaire, mais un "cdi", et pas "bibliothécaire", mais "documentaliste"
 
Très bon manuscrit à la fois sur le plan du fond comme de la forme qui mérite d'être publié. A la fois un très bon manuscrit policier et une oeuvre didactique pleine de clins d'oeil à la culture et à l'actualité française.
 
Le titre est parfaitement adapté au récit. Surtout, ce titre prend tout son sens au bout d'un certain nombre de pages, et pas au tout début, ce qui crée une tension chez le lecteur qui s'interroge sur cette formulation originale
 
Ils sont tous très bien construits. On apprend juste ce qu'il faut sur eux pour éclairer le récit. Simplement, l'auteur a parfois un peu tendance à caricaturer les habitants des cités et ce défaut est susceptible de déplaire aux lecteurs habitant ces quartiers. Attention surtout à ne pas trop abuser des mots "arabe" et "magrhébine" quand il se réfère à la jeune enquêtrice. C'est le cas au début du manuscrit, puis tout se met en place au fur et à mesure que l'auteur construit son personnage de façon nuancée.
 
Il n'y a pas un seul, mais plusieurs thèmes dans ce livre: les difficultés rencontrées par les auteurs pour se faire publier, la fascination par rapport au monde de la justice, l'univers des établissements scolaires de banlieue, les rapports à la fois nécessaires et conflictuels entre le monde des médias et la justice, la complexité de certains écrivains tels que Simenon... Le cerveau machiavélique du tueur permet de réunir tous ces thèmes en un seul: les meurtres en série. C'est ce qui fait l'originalité du manuscrit.
 
 Le manuscrit pourra-t-il être publié?
Bien sûr, d'autant plus que l'auteur a réellement réussi à créer un univers à part entière. L'espace y est décrit de façon très juste.
 
 Quelles corrections l'auteur devra-t-il effectuer?
Non, car il a si peu à reprendre, que je lirais le même manuscrit à 99,9%




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