Extrait 1 :
« Ce manuscrit nous donne deux visions de la Russie : vision extérieure et intérieure grâce aux deux personnages principaux. Le récit est original et l’histoire d’amour intrigue le lecteur qui se trouve dans la même situation que l’amie d’Isabelle à qui cette dernière confie son cahier. Il se pose en voyeur. Cette mise en abyme est très efficace. Pour cette raison, je pense que le titre Poupées russes serait idéal car il souligne en même temps :
+ le fait que les 2 femmes dont les amants ou amoureux sont russes ne sont que des jouets du destin et de la Russie
+ le double jeu d’Oleg et sa double identité
+ et ce jeu continuel de mise en abyme, de récits qui s’enchâssent mutuellement et continuellement jusqu’à la fin.
Attention cependant car ce titre a déjà été utilisé au cinéma. Trouver un titre approchant.
(…)
C’est un journal ou carnet intime, et non un dialogue. Il doit y avoir des ruptures dans le rythme qui pourraient rappeler l’irrégularité de la respiration ou des battements de cœur d’une femme amoureuse, ainsi que ses tâtonnements, craintes, désirs.
(…) 
On a un peu l’impression que les musées et monuments historiques russes n’ont pas d’âme, qu’ils se déconnectent de l’histoire, qu’ils ne servent que de vague décor. Il faut plus les intégrer dans le récit. Ce n’est pas le tout de les énumérer, ils doivent donner du sens à l’histoire, procurer davantage d’émotions aux personnages et au lecteur. L’auteure doit essayer de se les représenter et même d’en obtenir des photos, puis de se laisser envahir par toutes les sensations possibles.» 
 
Extrait 2
« Le narrateur doit raconter plus en détails ce qu’il observe dans la nature, les traditions des autochtones… Il énumère au passage toutes ces choses sans nous donner l’occasion, en tant que lecteurs, de les appréhender réellement, de nous imprégner de l’ambiance de ces terres. L’auteur devrait lire des récits de navigateurs : le journal de bord de Christophe Colomb, les aventures de Vasco de Gama, Magellan… Des romans tels que La voragine de Diego de Rivera et Les fleuves profonds d’Arguedas. Ils sont tous les deux traduits en français (par contre je ne connais pas les éditeurs, mais l’auteur peut les retrouver en cherchant sur le site du sudoc en passant par google. Ces ouvrages se trouvent souvent dans les BU). Ils sont écrits d’une telle manière que le lecteur s’identifie parfaitement aux personnages, tremble à leur place au milieu de cette forêt vierge labyrinthique qui devient elle-même, au fil du récit, un personnage. Les indiens sont très bien représentés aussi dans leur complexité et d’une façon en même temps si simple qu’elle semble naturelle. C’est à ce naturel que l’auteur doit parvenir. Paradoxalement, c’est à force de travail que l’on obtient ce type de style et d’effet. Il lui faudrait aussi enregistrer des documentaires animaliers et concernant la flore sur différentes chaînes TV et relever toutes ces impressions, émotions en les visionnant, écrire concrètement ce qu’il voit, imaginer les odeurs, les sensations de froid ou de chaleur, d’humidité qui se dégagent de ces images, écouter les sons souvent terrifiants (je sais de quoi je parle, au Costa Rica, la nuit, les cris ne manquent pas (singes hurleurs et autres). L’auteur devrait aussi faire un tour chez Nature et Découvertes, et écouter des CD de chants d’oiseaux et de bruits de la nature.
(…)
Nous n’avons pas besoin de savoir l’une après l’autre toutes les choses que font l’équipage et les passagers. Le fait de raconter trop d’actions fait que l’on n’y prend même plus garde et que l’action devient pour nous inaction, routine et ennui. L’action doit au contraire être construite face à l’inaction. Il faut absolument davantage alterner entre les deux, non seulement dans le fond, mais aussi dans la forme en jouant sur le rythme des phrases : l’action : phrases plus courtes, haletantes telles un souffle court, des phrases nominales (uniquement constituées de substantifs séparés par des virgules) ou verbales (uniquement des verbes à l’infinitif séparés par des virgules, des verbes au sens sans cesse plus fort et à la forme plus dure au fil de la phrase)
                                  L’inaction : des phrases plus longues, des mots plus longs, comme endoloris, qui donnent une impression de lourdeur.
Lisez des recueils de poésie du XVIIIème et XIXème et amusez-vous à faire un repérage de mots : mots doux, mous, lents/forts, durs, rapides »
 
Extrait 3
Le ton employé est assez étrange car il mêle le pédant (références culturelles certes intéressantes mais qui tombent comme un cheveu sur la soupe) au familier, ce qui est souvent désagréable et indigeste. Le narrateur et surtout l’auteur que l’on devine trop derrière lui, intervient trop. Les semblants de personnages sont écrasés sous ce demi-dieu et le lecteur ne les prend donc pas du tout au sérieux. Par moments, le manuscrit ressemble à une sorte d’essai fourre-tout. En donnant plus de chair à ses personnages, l’auteur trouvera peut-être son style. Pour l’instant, il n’a rien d’un style romanesque. On a l’impression, en tant que lecteur, que l’auteur a écrit une sorte de pot-pourri de ses réflexions, un florilège de notes au fil de sa vie, et le manuscrit ressemble alors à des mémoires maladroites, égocentriques et dénuées d’intérêt car elles décrivent de façon omnisciente -et non à travers le regard de personnages auxquels le lecteur pourrait s’identifier, ou tout du moins envers lesquels il pourrait ressentir complicité ou rejet- des situations ponctuelles sans aucun lien entre elles. L’auteur semble avoir écrit ce manuscrit en se laissant guider par l’inspiration sans avoir pris le temps de se relire, de retravailler son texte, de se poser les bonnes questions : qui, où, quand, pourquoi, de quelle manière ? Si son but était de rédiger une sorte de carnet de voyage, l’auteur aurait dû dater ses paragraphes, donner plus de consistance aux lieux, les assimiler à des personnages, recréer leur décor et atmosphère peut-être en regardant des photos, vidéos personnelles ou en librairie, en cuisinant des spécialités de ces pays, en consultant des guides de voyage pour en comprendre les coutumes, les saveurs… Il lui faudrait aussi lire des récits de voyage de grands explorateurs français et étrangers, ce serait très formateur. Enfin, l’auteur doit refondre toute la matière, se l’approprier avant de pouvoir réécrire son manuscrit.
(…)
Il serait aussi judicieux que l’auteur lise le roman Zone de Matthias Enard où le narrateur, ancien agent secret, se remémore sa vie, ses voyages et expériences, durant un voyage en train. Ses souvenirs sont parsemés de réflexions sur l’histoire, la politique, la société du XXème qui sont complètement intégrées au récit. Enfin, étudier en détail des livres didactiques sur l’art du roman, et les personnages dans les collections « 10-18 », « Que sais-je » et compagnie destinées normalement aux étudiants en lettres.
Extait 4
Il faut absolument épurer toute cette première partie :
(…)
   = X. a vécu de nombreux déboires dans sa vie, aussi bien familiaux que sentimentaux
   = mais l’amour des ses proches, et sa complicité avec ses amis d’enfance l’ont toujours aidé à remonter la pente
   = sa famille est très croyante, mais le sexe n’est pas pour elle un sujet tabou, bien au contraire et X. est libre de ses choix, on le pousse à être responsable, c’est quelqu’un de bien, peut-être même trop bien (attention à cela)
   = X. est un bon élève qui a décidé de ne pas coucher avec une fille avant le mariage, comme l’avait fait son père 
(…)
Il faut aussi créer du suspense en bousculant un peu la chronologie. Ce n’est pas la peine de raconter toute l’histoire dans l’ordre. Pourquoi par exemple ne pas commencer par le moment de la mort du cousin de Y. ? L’auteur pourrait débuter par là et laisser X. interroger ensuite la cousine sur la vie de ce personnage décédé. Puis viendrait un assez long monologue sur sa vie à lui où il insisterait d’une part sur les épreuves qu’il a endurées, et ensuite sur le soutien de ses proches, ainsi que sur tous les points que j’ai stipulés sous la rubrique « des longueurs » puis il évoquerait sa maladie et son combat et l’on retrouverait le fil de l’histoire : le contexte de sa rencontre avec la cousine de Y., l’interview, son licenciement, ses causes et conséquences, les liens entre J. et le défunt, le regard des gens envers ces malades. Enfin, c’est mon point de vue, le principal en tout cas est que le récit soit percutant, émouvant, sans devenir larmoyant, ni trop idéaliste. L’auteur devrait enfin avoir recours à différents types de matériaux narratifs : lettres (il y a recours à la fin du roman, et c’est très bien), cv, sms, journal intime, changer de narrateur… bref tout ce qui permettra au lecteur de considérer le récit sous différents angles, et de s’identifier aux personnages. Pour ce faire, l’auteur doit lire des romans écrits sous ces différentes formes narratives. En ce moment c’est par exemple la mode du roman épistolaire. Un auteur a écrit un roman qui prenait la forme d’une lettre adressée à l’une de ses amies qui s’était suicidée peu de temps auparavant (malheureusement, je ne me souviens plus du titre ni de l’auteur de ce livre). Il peut aussi lire les romans de l’écrivain argentin Manuel Puig (oui, j’y tiens…) car ils présentent une originalité de forme très intéressante, et qui entre parfaitement en écho avec le fond et le projet des différents romans : La femme araignée, Le plus beau tango du monde, La trahison de Rita Hayworth (journaux intimes, monologues, récits de séquences de films, lettres, dialogues où les répliques de l’un des deux intervenants sont remplacées par « … ».
Extrait 5
« L’auteur peut s’aider du film Million Dollar Baby de Clint Eastwood qui traite des mêmes thèmes que ce manuscrit. Il faudrait que l’auteur regarde la vidéo sans le son, visionne les combats, et écrive des phrases nominales et des phrases seulement constituées de verbes à l’infinitif pour décrire ce qu’il voit. Insister sur les odeurs, les sensations, les lumières, les sons dans des phrases où là encore on juxtaposerait des substantifs entre virgules (ex : noms associés à l’élévation d’un bruit : ex : « chuchotements, rumeurs, cris, hurlements ») serait un plus. Pour finir sur ce point, j’ai annoté pas mal de remarques précises pour chacun de ces passages.
(…)
Dans le dernier chapitre du manuscrit, le fils de X. semble se présenter comme le narrateur de l’intégralité de l’histoire alors que c’est son père qui a pris en charge la narration depuis le début, et ce jusqu’à l’avant dernier chapitre. Or, il est mort, donc là encore, cela pose problème. Il faudrait peut-être imaginer qu’après le décès de son père, une fois adulte et en quête d’identité et de réponses, le fils d’Angelo se soit permis de lire (et peut-être même d’essayer de publier) des notes que son père aurait prises dans le but d’écrire ses mémoires. Ce dernier chapitre interviendrait donc juste après que le cahier ait été refermé. Le fils de X. reprendrait alors le fil du récit et raconterait, comme l’auteur l’a d’ailleurs fait, l’enterrement et expliquerait ses propres projets d’avenir. »
 
 
 
 
 



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